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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 23:32

La pratique dite du "Toro de la Vega" a plus que jamais cette année suscité des polémiques en Espagne. Les parallèles avec la corrida sont évidents.

 

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Nous avions voici 2 ans consacré un article au Toro de la Vega, qui a lieu chaque année le mardi suivant le 8 septembre, fête de la Virgen de la Guía, à Tordesillas dans la province de Valladolid, communauté autonome de Castille-et-Léon en Espagne.

Un taureau est lâché dans les rues de la ville, puis poursuivi par une foule armée de lances, à pied ou à cheval, jusque dans la plaine (la vega), où il est achevé, à la lance puis à coups de poignard dans la nuque.

 

Cette année cette coutume a eu lieu mardi 16 septembre. La polémique à laquelle elle a donné lieu en Espagne a été considérable, relayée par nombre d'articles et de reportages dans la sphère médiatique espagnole.

 

Pourquoi cette coutume doit-elle retenir notre intérêt ?

 

 

1 - Comme pour la corrida, des sévices caractérisés sur un taureau sont justifiés au prétexte d'une tradition, ici pluricentenaire, et à grands renforts d'élucubrations historico-anthropologiques.

Ce 5 septembre, un "Congrès International du Toro de la Vega" avait été bricolé pour tenter de donner le vernis culturel convenu à cet événement.

Notons parmi les intervenants un vétérinaire colombien, Ricardo Andrés Roa-Castellanos, dont l'intervention s'intitulait Critique des sophismes en bioéthique animale (!) Il faut dire qu'il a été enseignant-chercheur à l'Institut de bioéthique de l'Université pontificale Javeriana de Bogota, établissement sous l'autorité du Vatican, fondé en 1623 par les Jésuites. On y a donc très longtemps enseigné que le soleil tournait autour de la terre (dix ans après sa fondation, Galilée fut condamné par la Sainte Inquisition pour avoir mis en cause ce dogme).

 

Un autre intervenant, un certain André Viard, proclamait d'ailleurs le 8 septembre, dans le discours d'ouverture de ces festivités en l'honneur de Notre Dame la Vierge de la Peña :

"La Bible dit que Dieu a mis l'homme à la tête de sa Création pour la dominer. De fait, les animaux ignorent la charité, et la seule loi qu'ils respectent est la loi de la jungle. Le fort tue le faible."

Tout un programme !…

 

Bien entendu, la conclusion de ce "Congrès" appelait à l'inscription du Toro de la Vega au Patrimoine Culturel Immatériel de l'humanité de l'Unesco, de même que le microcosme tauromachique prétend la revendiquer pour la corrida.

 

 

2 - Comme pour la corrida, un nombre croissant de personnalités espagnoles s'y opposent, du monde du spectacle ou des arts mais aussi du monde de la politique (députés, sénateurs, eurodéputés, élus locaux…) 

 

Notons aussi que le maire de Tordesillas, qui défend cette pratique, est socialiste. Or, en Espagne, et d'une façon générale dans les pays hispanophones, la corrida et les traditions impliquant la maltraitance d'animaux sont toujours défendues par la droite, et souvent condamnées par la gauche. Ceci contrairement à la France, où la corrida échappe aux clivages politiques (à l'exception des Verts).

Toujours est-il que Pedro Sánchez, le secrétaire général du PSOE (le Parti socialiste espagnol) est intervenu ce 17 septembre de façon inhabituelle par téléphone, au cours d'une émission de télévision à forte audience, pour exprimer son opposition au Toro de la Vega (ainsi qu'aux corridas), et s'engager à faire voter une loi contre la maltraitance animale interdisant cette pratique s'il venait au pouvoir.


Les élus locaux du PSOE soutiennent comme il se doit le maire de Tordesillas (le clientélisme des élus locaux, en l'occurrence socialistes, est malheureusement bien connu en France aussi). Mais le secrétaire général s'est bien sûr exprimé avec la caution des instances dirigeantes du PSOE. Précisons que pour l'instant le texte contre la maltraitance animale n'est qu'une brève proposition non législative déposée le 18 septembre, par laquelle le groupe socialiste demande simplement au gouvernement de prendre des mesures "visant à empêcher les situations de maltraitance animale dans les spectacles publics et les fêtes populaires dans l'ensemble du territoire national".


Le 19 septembre dans la matinée (alors que les résultats négatifs du référendum pour l'indépendance de l'Écosse étaient confirmés…), le PSOE twittait que "la protection animale ne peut pas être distincte dans chaque communauté autonome".

Cette même matinée, sur la chaîne de radio COPE (00:13:00), le secrétaire général du PSOE précisait toutefois qu'il n'interdirait pas les corridas, et confirmait plus tard dans la journée, lors d'une assemblée-débat à Saragosse, que la culture taurine était autre chose que les coutumes comme le Toro de la Vega. Donc la corrida reste la fiesta nacional à laquelle on ne touche pas.

 

 

3 - Comme pour la corrida, des protestations massives ont eu lieu

 

- À Madrid, le samedi 13 septembre, des milliers de personnes ont manifesté contre le Toro de la Vega. On peut consulter ce compte-rendu en français.

 

 

- À Tordesillas, le mardi 16 septembre, des centaines de citoyens protestaient sur place.

 

Más vídeos en Antena3

 

 

4 - Comme pour la corrida, les dérapages violents sont clairement du côté de ceux qui maltraitent les animaux.

Bien entendu, avant même le début des festivités, les organisateurs du "Congrès du Toro de la Vega " y ont été de l’habituel couplet sur les insultes et les menaces "gravissimes" dont ils auraient été l’objet.

 

Le jour du Toro de la Vega, la tâche des quelque 120 agents de la Guardia Civil, déployés pour l’occasion, consista essentiellement à évacuer manu militari les centaines de protestaires qui se tenaient assis ou debout sur le trajet du taureau. Avec l'appui des doigts d’honneur, des injures et des menaces des participants et des spectateurs.

 

L’association de la presse de Valladolid a publié un communiqué dénonçant les agressions et les menaces dont ont été victimes des journalistes durant le Toro de la Vega.

Qui sont donc les responsables de ces agressions ? Les partisans du Toro de la Vega, évidemment.

 

Le quotidien de droite La Razón publie l'information en l'illustrant de la photo d'un habitant de Tordesillas menaçant des photographes avec un bâton.

 

Le quotidien La Vanguardia précise que des journalistes, notamment de télévision, ont été pris à partie par de jeunes participants, qui leur reprochaient de filmer l'expulsion des opposants, et les rendaient responsables de diffuser et de faire la promotion des incidents

La journaliste de eldiario.es Ruth Toledano a ainsi reçu un coup de poing dans le dos.

 

Le quotidien de droite ABC, pourtant fervent partisan des traditions, rapporte l'agression de Juan Postigo, journaliste à la Tribune de Valladolid. Il a été poussé à terre et frappé à coups de pieds par des individus au visage masqué au moment où il s'apprêtait à prendre une photo, alors que le taureau était à terre après avoir reçu plusieurs coups de lance, et que plusieurs participants s'apprêtaient à l'achever à coups de dague. Les organisateurs avaient déployé une bâche devant l'animal pour empêcher les prises de vues.

Au moment où le journaliste a élevé son appareil pour tenter de saisir des images, ils ont frappé l'appareil de la main, en lui disant qu'ils ne le laisseraient pas prendre de photos. Le journaliste n'a pas signalé ces agressions et ces brimades, estimant que ça n'en valait pas la peine et que ça ne tirerait pas les choses au clair. Mais quand il a voulu à nouveau lever son appareil pour prendre le vainqueur du tournoi en photo, un jeune avec des lunettes noires et le visage masqué d'un foulard a donné un coup à son appareil, puis deux autres sont venus par derrière le pousser au sol et le frapper à coups de pieds. Il en garde des éraflures et des douleurs dorsales.

 

Tout ceci explique que nous manquons d'images de cet événement. Les photos prises par le PACMA (le parti espagnol des animaux) sont rares, et la vidéo qu'il a tournée (reprise faute de mieux par les médias) ne pouvait être que brouillonne, sauf à prendre le risque de se faire lyncher par les participants.

 

Des titres de la presse font référence à des affrontements entre participants et protestataires.

Mais y a-t-il eu des blessés ?

L'analyse attentive des comptes-rendus est sans ambiguïté :

- côté participants au tournoi, 4 blessés. Mais tous en voulant faire le malin avec le taureau.

- côté protestataires, des manifestants ont été malmenés, et une manifestante a été violemment atteinte par une pierre.

Reconnaissons aux défenseurs du Toro de la Vega une cohérence de comportements. La lapidation est une tradition très ancienne, et nul doute qu'elle mériterait à ce titre d'être inscrite au Patrimoine Culturel Immatériel de l'humanité.

 

Donc la similitude avec les manifestations anti-corrida est frappante, si l'on ose dire : les médias français font depuis quelques années régulièrement état de confrontations "violentes" entre partisans et opposants à la corrida, mais invariablement, les blessés ne sont que du côté des opposants (Rodilhan, Rion des Landes, Maubourguet, Céret, Millas…)

 

 

 

5 - Enfin, la personne chargée d'ouvrir les fêtes patronales de Tordesillas cette année n'était autre qu'André Viard.

Pour ceux qui l'ignorent encore, André Viard est le représentant auto-proclamé du petit monde de la corrida en France, président depuis 2008 de l'association de lobbying tauromachique pompeusement intitulée "Observatoire National des Cultures Taurines".

Le Toro de la Vega fait l'objet d'une telle réprobation en Espagne que ses organisateurs ont dû faire appel à un intervenant étranger pour prononcer le "pregón", le discours d'ouverture. Ils ont naturellement pensé à M Viard, qui saute sur toute occasion de se mettre en avant. Sur ce sujet, on pourra entre autres consulter l'excellent article du site de la FLAC.

 

viardvierge3.jpg

 

Ce choix confirme le lien étroit entre les corridas et cette pratique. Et si les corridas sont très contestées, cette pratique l'est à la puissance dix.

Cet engagement pour le Toro de la Vega discrédite encore plus l'Observatoire National des Cultures Taurines, et donc les corridas. D'ailleurs il serait intéressant d'interpeller les membres du conseil d'administration de l'ONCT sur ce qu'ils pensent de cette implication de leur président…

L'essentiel de ce discours était déjà sur son blog "Terres taurines" dès le 20 août.

On en trouvera quelques commentaires dans cet article.

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Published by Vétérinaires Anti Corrida - dans Événements
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