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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 12:19

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VetAgro Sup, l'école vétérinaire de Lyon, a organisé en décembre 2011 un colloque : L'animal peut-il être une sentinelle des maltraitances humaines ? Ce colloque traitait d’un sujet déjà avancé, notamment aux Etats-Unis, mais encore méconnu en France, à savoir les relations entre les violences faites aux animaux et les violences faites aux humains. Ainsi s’ouvre une nouvelle voie de recherche entre pratique vétérinaire et pratique médico-psychologique ou socio-éducative.

 

Parmi les intervenants se trouvait le Pr Montagner, que l'un de nous (Jean-Paul Richier) a eu la chance de rencontrer à cette occasion.

Le Professeur Hubert Montagner n'est pas vétérinaire, mais docteur ès Sciences, Professeur honoraire des Universités, ancien Directeur de Recherche à l’INSERM, ancien directeur de l’unité “Enfance Inadaptée” de l’INSERM. Ce scientifique respecté au curriculum consistant s'intéresse à l'enfant depuis 40 ans, ainsi qu'aux relations homme-animal, notamment enfant-animal, depuis 30 ans. Et, comme tous les hommes de conviction, il continue actuellement à s'investir dans de nombreuses activités.


Il a dernièrement pris position contre la corrida, en intégrant le comité d'honneur de la FLAC, et a pris position contre l'accès des enfants aux corridas dans un courrier qu'il a adressé aux responsables de l'Unicef (L'Unicef-France s'était tristement illustré depuis plusieurs années en participant à la Féria des Enfants de Nîmes, et en déclarant "Villes Amies des Enfants Nîmes et Arles, villes de corridas très actives dans le prosélytisme taurin envers les mineurs).


Dans l’esprit de cette convergence éthique entre la préoccupation envers les animaux et la préoccupation envers les hommes, nous reproduisons ci-dessous avec son autorisation le courrier du Pr Montagner adressé à Jacques Hintzy, Président de l'UNICEF-France, ainsi qu'à des responsables de l’UNICEF à Genève et à New York.

 

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BORDEAUX, le 6 janvier 2012

                                              

Monsieur Jacques HINTZY

Président de UNICEF France,

3 rue Duguay Trouin,

75282 Paris Cedex 06

 

 

Monsieur le Président,

 

Ayant eu l’honneur, le plaisir et le privilège de diriger pendant plus de trente ans des recherches scientifiques sur le développement de l’enfant dans ses différents lieux de vie, je reste très attentif à la reconnaissance effective de ses besoins et droits, dans le respect de ses particularités, mais aussi de la pluralité des familles et cultures ainsi que de la diversité des peuples, dans l’esprit notamment de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Je suis particulièrement sensible aux améliorations et innovations qui favorisent  l’épanouissement et les différentes “constructions” des enfants, en particulier la sécurité affective, les liens d’attachement, les systèmes d’interaction et de communication, les rythmes biopsychologiques et les capacités d’adaptation, thèmes principaux des recherches développées avec mes équipes à l’Université et à l’INSERM (voir les éléments de mon CV en pièce jointe).

 

Parallèlement, nous avons recherché les facteurs personnels, familiaux, sociaux et institutionnels qui peuvent déstabiliser tout au long du développement les équilibres biopsychologiques et les conduites, notamment chez les enfants dont les particularités sont considérées comme des “troubles” du développement et/ou du comportement. Etant donné l’objet de la présente lettre, il me paraît nécessaire de préciser que certaines recherches ont porté sur les interactions et relations des enfants avec ces “partenaires” que l’on nomme animaux familiers ou de compagnie (voir la bibliographie). J’ai eu ainsi l’honneur de présider la conférence internationale sur les relations entre l’Homme et les animaux qui s’est tenue à MONACO en 1989, de faire partie du “board” de colloques internationaux sur “Man-animal relationship”, et de faire partie de “l’editorial board” du périodique américain “Anthrozoos”, spécialisé dans la publication des études sur la relation “Homme- animal”.

 

En lien avec mes activités scientifique, je me sens évidemment et “naturellement” concerné par les principes, réflexions, propositions, décisions et actions de l’UNICEF dont la mission officielle est “de défendre les droits des enfants, d'aider à répondre à leurs besoins essentiels et de leur donner davantage d'opportunités de s’épanouir pleinement”, dans le cadre des dispositions et principes de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant. Les quatre principes fondamentaux de cette Convention étant “la non-discrimination, la priorité donnée à l'intérêt supérieur de l'enfant, le droit de vivre, de survivre et de se développer, et le respect des opinions de l'enfant”, je ne peux qu’adhérer aux droits fondamentaux de tous les enfants du monde, définis à partir de ces principes, c’est-à-dire :

** “le droit à la survie”;

** “le droit de se développer dans toute la mesure du possible”;

** “le droit d'être protégé contre les influences nocives, les mauvais traitements et l'exploitation”;

** “le droit de participer à part entière à la vie familiale, culturelle et sociale”.

 

J’observe que, très logiquement et avec force, le nouveau Directeur de l’UNICEF, Monsieur Anthony LAKE a souligné dans son discours du 11 octobre 2011 au cours de la table ronde sur la violence à l’encontre des enfants que “Protéger les enfants de la violence, de l'exploitation et des abus est un impératif moral. Un impératif urgent car, dans le monde, des millions d'enfants sont les victimes d'inexcusables actes de cruauté”. Parmi les violences subies par les enfants, il évoque notamment “la violence psychologique”. Dans son discours, Monsieur Anthony LAKE précise que, indépendamment de l'endroit”... “le résultat final” (de ces violences) “peut être le même” : un enfant paralysé par la peur, ou même diminué par le manque d'assurance”... La conclusion est claire : “Prévenir la violence contre les enfants est essentielle, non seulement pour leur propre bien-être, mais pour la santé et le progrès de notre communauté mondiale”.

 

S’agissant de la France, et aussi, bien évidemment, de l’Espagne et de l’Amérique latine, l’une des violences subies par les enfants est sans aucun doute le « spectacle » de la corrida, “forme de course de taureaux consistant en un combat à l'issue duquel le taureau est mis à mort”... même quand l’enfant paraît fasciné (voir plus loin). On ne peut que souscrire aux effets négatifs qui ont été énumérés par le collectif de 90 psychiatres et psychologues créé autour de J.P. RICHIER et J. LEQUESNE, et recensés par Dimitri MIEUSSENS dans VegMag/Regard Animal de mai-juin 2011 et juillet-août 2011 l :

** effets traumatiques ;

** accoutumance à la violence ;

** fragilisation du sens moral ;

** perturbations des valeurs.

 

J’ajoute que le “spectacle” de la corrida avec les banderilles plantées par le torero et les picadors dans le corps de l’animal, le sang qui coule, les tentatives “désespérées” du taureau pour échapper à des tortures et souffrances qu’il ne peut fuir, et la mise à mort sanglante du taureau, a une forte probabilité de nourrir et renforcer l’insécurité affective des enfants, surtout les plus fragiles et vulnérables. En particulier, quand ils sont émotifs, anxieux et angoissés, et aussi quand ils ont noué des interactions accordées (ajustements et partages des comportements, des émotions des affects et des rythmes d’action) avec un animal qu’ils considèrent comme un ami et un confident. Ils ont en effet le sentiment de ne pas être abandonnés, oubliés, délaissés, en danger... grâce à ce compagnon qui fait partie de leur univers émotionnel et affectif comme s’ils étaient humains. Ils peuvent tout lui dire sans se sentir jugés et trahis, notamment lorsqu’ils sont en souffrance dans leur famille, à l’école ou ailleurs.

 

“Parallèlement”, j’ai souvent constaté la détresse des enfants devant un chien, un chat, un lapin... blessés ou tués par un véhicule, ou encore par un chasseur, un voisin irascible, un parent... Il m’est arrivé aussi de voir en milieu rural des enfants en larmes, prostrés ou agités, parfois inconsolables, devant la souffrance d’un mouton, d’une vache, d’un cheval, d’un chevreuil... blessés et ensanglantés. Le mal-être et le chagrin des uns et des autres  se retrouvent dans leurs discours, leurs dessins et leurs écrits... également “ensanglantés”, à la maison et à l’école. Ils génèrent souvent des peurs, blocages affectifs et/ou inhibitions plus ou moins invalidants, ainsi que des “troubles” du sommeil et du rythme veille-sommeil (difficultés d’endormissement, insomnies, réveils “accompagnés” de cauchemars et, chez les plus jeunes, de terreurs). On peut faire l’hypothèse forte que le “spectacle” sanglant et morbide de la corrida entraîne des perturbations comparables, même si on ne dispose pas de données scientifiquement fondées. C’est en tout cas ce que disent des parents qui ont assisté occasionnellement à une corrida avec leur(s) enfant(s), qui ont visionné ensemble un film mettant en scène une corrida, ou encore dans le cadre d’une narration ou d’une lecture. 

 

En outre, connaît-on vraiment les motivations réelles des enfants qui émettent le souhait d’assister à une corrida, en particulier ceux que leurs parents inscrivent dans une école tauromachique ? S’agit-il d’un engouement réel pour la tauromachie, d’une fascination pour le toréro, d’une posture pour épater les copains-copînes, d’un engagement pour faire plaisir à un ou des parents... ?

 

Enfin, pour répondre aux Français qui mettent en avant  les traditions et la culture, la corrida n’est pas ancrée dans l’histoire et la culture de la France.  Elle a été codifiée et pratiquée en Espagne dans sa forme actuelle depuis le XVIIIème siècle, avec à cette époque une mise à mort effectuée par le matador à pied et armé de sa seule épée.... et non pas en France. “Elle est d'autant plus espagnole qu'elle est l'œuvre lente d'un peuple et de ses gouvernants” (voir les encyclopédies), même si, au cours de l’antiquité, les « jeux taurins » et le culte du taureau ont eu une grande importance dans tous les pays du bassin méditerranéen. L’allégation selon laquelle la tauromachie est d’origine romaine est fréquemment réfutée par les historiens. Faut-il rappeler que les 3/4 des Français sont défavorables aux corridas et que 2/3 souhaitent leur interdiction pure et simple, y compris dans les régions concernées.

 

Il est donc consternant, incompréhensible, indigne et honteux que, sous la pression de la Fédération des Sociétés Taurines de France (FSTF), et avec la complicité du Ministre de la culture, la France soit le premier pays qui ait inscrit, comme l'ont annoncé les partisans de la corrida le 22 avril 2011, la tauromachie dans le Patrimoine immatériel français. Selon la FSTF “c'est un premier pas vers l'inscription au patrimoine de l'UNESCO, l'Espagne et les autres pays taurins ne vont pas manquer de suivre l'exemple de la France”. “En attendant” que la France annule cette inscription infamante de la tauromachie dans son Patrimoine immatériel, je n’ose penser que l’UNESCO, et donc aussi l’UNICEF, puissent se prêter à un tel déni d’humanisme.

 

Pourtant, je suis troublé que l’UNICEF France ait accordé le label “villes amies des enfants” à NIMES et ARLES. En effet, ces deux villes ont créé des écoles de tauromachie espagnole, donc de “spectacles” avec mise à mort de taureaux dans les arènes (centre de tauromachie et centre français de tauromachie de NIMES ; école taurine d’ARLES). Dès l’âge de dix ans, on y fait courir aux enfants de gros risques en les mettant en présence de veaux et vachettes plus lourds et souvent plus grands (on peut se demander pourquoi nous ne disposons pas de statistiques sur les accidents et blessures des enfants heurtés, renversés ou piétinés... ce qui doit logiquement arriver). On leur apprend à manier le poignard, une arme sacrificielle... Ils baignent forcément dans l’illusion narcissique de “l’habit de lumières” du matador et du statut de star qui en découle. Mais, que deviennent les jeunes après la perte de ce statut éphémère, et après les blessures plus ou moins graves et invalidantes dont ils ont été les victimes au “combat” ?

 

En tenant un stand à la féria des enfants de NIMES qui précède la corrida de Pentecôte, l’UNICEF France cautionne implicitement la “corrida espagnole” qui prolonge cette manifestation, c’est-à-dire la mise à mort de taureaux dans les arènes.

 

Objectivement, on n’est plus dans “la priorité donnée à l'intérêt supérieur de l'enfant”, l’un des quatre principes fondamentaux de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant du 20 novembre 1989. Objectivement, on bafoue “le droit de l’enfant d'être protégé contre les influences nocives”.  Objectivement, on ne tient pas compte de l’adresse exemplaire de Monsieur Anthony LAKE “Prévenir la violence contre les enfants est essentielle, non seulement pour leur propre bien-être, mais pour la santé et le progrès de notre communauté mondiale”.

 

Non inféodé à un pouvoir politique ou autre, mais fidèle à mes engagements pour améliorer le bien-être, l’épanouissement, les équilibres biopsychologiques, les ressources morales et humaines, le devenir et l’avenir des enfants dans leurs différents lieux de vie, à tous les âges et dans toutes les cultures, je vous demande, Monsieur le Président, de mettre fin à la présence de UNICEF France à la féria des enfants de NIMES, et de reconsidérer l’attribution du label “villes amies des enfants” aux agglomérations qui soutiennent les écoles tauromachiques, incompatibles avec les principes éducatifs et humanistes de l’ONU, de l’UNESCO, de l‘UNICEF, du Conseil de l’Europe... et de bien d’autres organisations.

 

En vous remerciant, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute considération et l’expression de mes sentiments respectueux.

 

 

Hubert MONTAGNER, docteur ès Sciences

Professeur des Universités en retraite

ancien Directeur de Recherche à l’INSERM

ancien directeur de l’unité “Enfance Inadaptée” de l’INSERM

 

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Published by Vétérinaires Anti Corrida
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commentaires

Babeth 08/11/2013 09:46

En réponse au commentaire numéro 2
A-t-on besoin de se rendre dans une arène pour savoir à quoi ressemble la mort. Décidément je ne comprendrai jamais les défenseurs de la corrida. La mort est divulguée en gros, en large et en
travers sur tous supports pour l'information. Elle en devient hélas un fait divers tellement le monde est fou et injuste. L'idée de se délecter face à un pauvre taureau complètement apeuré et pris
au piège au nom du spectacle, de la tradition (de quoi d'ailleurs?) et de... Comment est-ce écrit... Ah oui, l'inacceptable beauté de la mort, me donne la nausée. Mais ce n'est que mon opinion,
tout petit opinion. Il est temps que les politiques bouleversent les mentalités et qu'on nom du respect de la vie ils interdisent ENFIN cette ignominie.

pigeyre claude 22/08/2013 19:58

Excusez moi de ne pas être d'accord avec vos recommandations , né à nimes et l'ayant habité mes 25 1ères années , j'ai été un peu vacciné au charme envoutant de la tauromachie .
Je voudrais simplement vous inciter à lire un merveilleux bouquin sur la tauromachie " Taches d'encres et de sang " du torero nimois Simon Casas .Un bouquin tout à fait différent de très nombreux
bouquins sur la tauromachie , remarquablement écrit par quelqu'un qui a quitté le lycée à 14 ans pour vivre sa passion et exprime une sensibilité rare .
Je ne résiste pas à vous en recopier un passage parmi tant d'autres (j'en ai sélectionné 19 sur 244 pages - dont j'ai photocopié et gardé des extraits - comme l'on peut le faire pour des livres qui
vous ont vraiment touchés !-).
" La tauromachie est un théâtre sans double. La mort est réelle dans les arènes .On ne la cache pas. Elle y est exposée, réalisée, donnée...Offerte peut-être? S'agit-il d'un don? Oui, je le crois,
la mort nous est offerte .C'est cela que Diamante Rubio pouvait observer mieux que nul autre de dessous ses lunettes sans verres : l'inacceptable beauté de la mort. Le flirt interdit que les
toreros réalisent avec elle .L'indicible plaisir que cela nous inspire .Il faut des lunettes sans verres pour regarder au delà de la mort, et des Javier Condé pour déclarer son amour à la mort par
les éclairs de son corps ."
"L'amour est l'éternelle vocation des hommes. Enfants, nos rêveries se construisent sur les origines de nos premières blessures. Et c'est l'outil , inconsciemment choisi pour en favoriser la cure,
que l'on nomme vocation. Son choix ne dépend que d'hasardeuses circonstances. C'est par hasard que mon père m'avait amené dans une arène lorsque j'avais quatre ans . Et ce spectacle m'a révelé la
réalité de la mort "
Et l'auteur conclut la dernière ligne des son livre par "Je suis un toro" .

ehrhold 26/01/2012 15:20

Tout à fait d'accord, mais veuillez répondre à ma question : et le gavage des oies, en France, ça ne vous dérange pas ??? comment expliquez-vous qu'il s'étende autant? Le foie gras fait-il partie
du patrimoine français? pourquoi n'appelez-vous pas à manifester pour défendre ces pauvres bêtes, est-ce parce qu'elles sont trop petites (par rapport à un taureau de 700kg!) et donc,
insignifiantes ???Elles sont pourtant 100000 fois plus nombreuses. pourquoi ne vous entend-on pas sur ce sujet?? On emmène même des élèves assister au gavage, on le montre à la télé, n'est-ce pas
du spectacle?? Bien sûr, mon commentaire ne sera pas publié et je n'aurai pas de réponse mais au moins une personne l'aura lu : celle qui l'effacera.

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