Événements

Dimanche 14 août 2011 7 14 /08 /Août /2011 19:28

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La députée PS Geneviève Gaillard, vétérinaire, présidente du groupe Protection des animaux à l'Assemblée nationale, a fait enregistrer  le 13 juillet 2011 une proposition de loi (PPL) visant à supprimer l'exception corrida. 

 

Pourquoi cette nouvelle proposition, alors qu'un an auparavant une proposition collaborative de contenu identique, initiée dans le cadre du Groupe d’études Protection des animaux, avait justement pour objectif de rassembler les signatures de députés de droite comme de gauche ? Au départ, les PPL visant à la suppression des corridas avaient été déposées, en 2004 sous la précédente législature, puis en 2007, par Mme Marland-Militello, députée UMP. Par conséquent, de nombreuses signatures UMP sont venues soutenir la proposition collaborative. 

 

Mais à quelques notables exceptions, les signatures socialistes sont restées coincées. Les instances dirigeantes du groupe SRC (Socialiste Radical Citoyen) relayaient manifestement les blocages de certains distingués membres du PS amateurs de corrida, prétextant le caractère composite des signataires, alors même celui-ci était légitimé par le fait que cette PPL avait été élaborée dans le cadre d'un groupe d'études parlementaire.


Mme Gaillard a donc dû, au bout d'un certain temps, se résoudre à émettre une PPL en son nom afin de permettre les signatures socialistes. C'est ce qui a suscité l'agrément de Jean-Marc Ayrault, lequel dans sa réponse au courrier que nous lui avions adressé, confirmait enfin que "chaque membre du groupe SRC est libre de signer à titre personnel la proposition de loi".

Cette proposition de loi était soutenue par 25 signataires socialistes au moment de son enregistrement. Elle s'enrichira au fil du temps de nouveaux soutiens.
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Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 17:34

 

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Nicolas Sarkozy et Simon Casas aux arènes de Séville le 11 juin 2006

 

L'inscription au PCI est soutenue en haut lieu, puisque M Sarkozy a cru devoir confirmer à la présidente de l’Union des Villes Taurines Françaises, par un courrier du 23 mai, son « engagement à défendre et préserver les pratiques, expressions et connaissances artistiques qui forment le patrimoine culturel français d’hier et d’aujourd’hui » (cf le premier article de la rubrique Actualité de cette page du blog d'André Viard, lobbyiste taurin).
 
Notre gouvernement inscrit au patrimoine culturel national une pratique cruelle dont les deux tiers des Français souhaitent l'interdiction. Et nos hommes politiques se disent préoccupés par l'abstention électorale croissante.
Notre gouvernement inscrit au patrimoine culturel national une pratique cruelle sanctionnée par le Code pénal sur les neuf-dixièmes du territoire. Et nos hommes politiques se disent préoccupés par la montée des comportements inciviques, voire illégaux.
 
Rappelons à toutes fins utiles que le courrier au président de la République est dispensé d'affranchissement (M le Président de la République - Palais de l'Elysée - 55, rue du Faubourg Saint-Honoré - 75008  Paris)
 
 
Le rassemblement de protestation, samedi 28 mai à Paris, a réuni plus de 1000 manifestants, malgré une "délocalisation" obligée de dernière minute de la place du Palais Royal vers la colonnade du Louvre.
 
A cette occasion, une délégation de cinq représentants (la députée UMP Muriel Marland-Militello, le sénateur PS Roland Povinelli, et Jean-Pierre Garrigues du CRAC, ainsi que Marta Esteban, de la plate-forme espagnole La tortura nos es cultura, et Marius Kolff, directeur du CAS International), a été reçue au ministère de la Culture par trois conseillers de Frédéric Mitterrand (le directeur de cabinet de la Direction Générale des Patrimoines, l'adjoint au chef du Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique, et le conseiller au cabinet ministériel en charge des patrimoines immatériels). Pour l'instant le ministère campe sur ses positions.
On peut lire une interview très intéressante de Roland Povinelli, qui a donc déposé à la Haute Assemblée une proposition de loi pour la suppression des corridas, sur le site de la rubrique "Les Puces" de Charlie-Hebdo.
 
L'équilibre politique était donc respecté au sein de la délégation, mais il se retrouvait également dans les réactions de la foule : en effet, si le nom de M Nicolas Sarkozy s'est copieusement fait huer par la foule, celui de M Jean-Marc Ayrault, qui bloque les signatures des députés socialistes à la proposition de loi M Marland-Militello/G Gaillard, s'est fait huer tout autant. La corrida et son inscription au PCI français ne ressortit peut-être pas aux préoccupations prioritaires des Français, mais l'attitude de la classe politique sur cette question illustre un mépris extrêmement fâcheux envers l'opinion majoritaire, qui creuse hélas encore plus le fossé ressenti par les citoyens entre eux et leurs représentants.
 
Il n'est pas question en tout cas de relâcher la pression. Le ministère de la Culture a pris une décision absurde et honteuse, qui va à l'encontre même de la Convention de 2003 de l'UNESCO et son esprit "de rapprochement, d'échange et de compréhension entre les êtres humains", pour complaire à une infime minorité organisée en lobby.
Cette décision doit être annulée.
 
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Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 17:29

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Parmi les nouveaux soutiens, signalons la prise de position contre la corrida d'une personnalité tout à fait intéressante : Patrick Tort, dont le CRAC publie une lettre, et qui a accepté d'intégrer le comité d'honneur de la FLAC.
Agrégé de l'Université, docteur d'État ès Lettres, philosophe, linguiste, épistémologue, historien des sciences biologiques et humaines, auteur d'une quarantaine de livres et de nombreux articles, attributaire de divers prix et distinctions, c'est un spécialiste de Charles Darwin.
Il a fondé et dirige l'Institut Charles Darwin International.
 
C'est notamment l'auteur d'une anthropologie darwinienne fondée sur l'"effet réversif" de l'évolution, qu'il illustre par le fameux concept topologique du ruban de Möbius.
En effet, chez l'homme, existent des caractéristiques (les différentes formes de sympathie et d'altruisme) qui semblent en opposition avec l'élimination des moins aptes à l'oeuvre dans la "nature", mais qui sont cependant en continuité évolutive avec le processus de sélection naturelle. La possibilité de sollicitude envers les autres espèces procède d'ailleurs à l'évidence de ces caractéristiques spécifiquement humaines.

 

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Samedi 21 mai 2011 6 21 /05 /Mai /2011 23:46

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Rafael Correa, président de la République d'Équateur

 

Le 7 mai en Équateur, un vote populaire, dont le dépouillement vient de s'achever, comprenait une question sur les corridas. Cette question avait la particularité d'être posée pour chaque canton (plus de 220). La victoire du "oui" à l'abolition n'est pas totale, puisque les corridas vont persister dans quelques provinces du centre du pays, mais cette consultation populaire constitue une formidable avancée vers la fin de ces spectacles en Équateur.
 
 
Huit pays pratiquent régulièrement les corridas sanglantes dans le monde.
Trois en Europe : l'Espagne, la France et le Portugal.
Cinq en Amérique latine : le Mexique, le Vénézuéla, la Colombie, l'Équateur et le Pérou.
 
En Équateur, un vote a eu lieu le 7 mai à l'initiative du président Rafael Correa.

Dix questions ont été posées au peuple, cinq ayant trait à des amendements constitutionnels, relevant d'un "référendum", et cinq ayant trait à des questions d'intérêt général, relevant d'une "Consultation Populaire".

Parmi ces 5 dernières, la question n° 8 posait la question des corridas, sous la forme suivante :

"Approuvez-vous que le canton où vous résidez interdise les spectacles qui ont comme objectif de mettre un animal à mort ?"

 

Cette question pouvait apparaître comme bien secondaire par rapport à d'autres thèmes, comme les réformes de la justice ou la règlementation des médias. Pourtant, c'est sous la pression populaire que Rafael Correa l'avait insérée dans sa consultation et l'avait défendue. Et c'est une question qui a suscité des débats enflammés, preuve qu'elle a trait à des enjeux humains fondamentaux, ce que feint d'ignorer le ministère de la Culture français.

 

Le président Correa a gagné sa bataille : le décompte des votes des 11 millions d'électeurs (sur 14 millions d'habitants) s'est achevé le 19 mai au soir, et une majorité de "oui" l'a emporté sur les différentes questions. Par parenthèse, ce vote était obligatoire sous peine d'amende (sauf pour les plus de 65 ans), peut-être faudra-t-il en venir là en France...

 

La question 8 sur les corridas ne fait pas l'objet de résultats officiels nationaux, pour la raison qu'elle était posée canton par canton. L'Équateur comprend 24 provinces, à leur tour divisées en cantons, le nombre total de ceux-ci s'élevant à plus de 220.

En fait, l'analyse des résultats montre que dans une zone donnée, le "oui" ou le non" l'emporte généralement pour l'ensemble des questions. Cette consultation avait valeur plébiscitaire, au sens de vote de confiance. Ce qui fait que le "oui" à la suppression des corridas se retrouve dans les cantons où le "oui" l'emporte pour les autres questions, et inversement (à l'exception du canton de Valencia).


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L'analyse des résultats est la suivante. L'Équateur comprend 3 grandes régions : d'Est en Ouest, ce sont la région amazonienne, la région andine, et la région littorale. Vient s'y ajouter l'archipel des Galapagos.

 

Les 6 provinces amazoniennes (Est) sont plutôt opposées au président Correa, et ont voté "non" à la suppression des corridas (36 cantons sur 41). La population y est peu dense (489 000 électeurs) et les arènes très rares. 

 
Les 7 provinces littorales (Ouest), et leurs 5 630 000 électeurs, sont plutôt favorables au président Correa, et ont voté "oui" à la suppression des corridas (81 cantons sur 86). La province de Guayas, la plus peuplée avec 2 600 000 électeurs, a voté en bloc pour la suppression des corridas, notamment le canton de Guayaquil, le plus peuplé du pays avec 1 730 000 électeurs, même si les arènes de la ville de Guayaquil recrutent peu en proportion.
Notons l'exception, unique dans le pays, du canton de Valencia dans la province de Los Rios, qui a voté massivement "oui" aux autres questions du président Correa, mais a répondu "non" à la question sur la corrida. La place taurine de Valencia est proche de la province taurine de Cotopaxi.
 
Les 10 provinces andines (Centre), et leurs 4 800 000 électeurs, sont partagées :

Du côté du "oui" à l'abolition :
- La province de Pinchincha, deuxième du pays avec près de deux millions d'électeurs (1 940 000), a massivement voté pour la suppression des corridas (sauf 1 canton sur 8, celui de Mejía, 53 000 électeurs). Est notamment concerné le canton de Quito (1 710 000 électeurs), avec la capitale Quito et sa future ex-Feria del Jesús del Gran Poder (novembre-décembre), l'une des plus importantes d'Amérique du sud, où 54 taureaux (9 corridas) étaient massacrés dans la plus grande arène du pays. Il existe également d'autres arènes dans le canton de Quito, et d'autres arènes dans d'autres cantons (Rumiñahui, Cayambe) de la province de Pinchinza.
- La province d'Azuay (581 000 électeurs) a voté "oui" à l'exception de 3 cantons représentant 32 000 électeurs). Le canton de Cuenca et ses 404 000 électeurs, et son arène de Cuenca (3ème ville d'Équateur), a notamment voté "oui".
- La province d'Imbaburra a voté "oui" à l'unanimité de ses cantons (320 000 électeurs), notamment le canton d'Ibarra (144 000 électeurs) et son arène.
- La majorité des cantons de la province de Cañar a voté contre la suppression, mais la place taurine de cette province est dans le canton d'El Tambo, qui a voté pour.
 
Du côté du "non" :
Les autres provinces andines ont voté "non" à la suppression des corridas :  Tungurahua (411 000 électeurs),  Chimborazo (390 000 électeurs, à l'exception du petit canton de Cumandá), Cotopaxi (320 000), Bolívar (150 000), ainsi que la majorité des cantons des provinces de Loja (360 000) et de Carchi (136 000).

Les provinces de Tungurahua (et sa Feria de Nuestra Señora de la Merced à Ambato), Chimborazo (et sa Feria del Señor del Buen Suceso à Riobamba), et Cotopaxi, sont des provinces taurines, et le resteront donc pour l'instant. Ces trois provinces du centre du pays constitueront, en attendant la disparition des corridas, une "exception" malencontreuse par rapport au reste du pays, un peu à l'instar des zones taurines du sud de la France. Il n'en reste pas moins que cette consultation populaire constitue une avancée majeure vers l'abolition des corridas en Équateur.

 

charles darwin
 
 
 
Notons que l'archipel des Galapagos, province insulaire de l'Équateur, a voté "oui" à la suppression des corridas. Ces îles sont passées à la postérité grâce aux études qu'y a effectuées Charles Darwin en 1835. Rappelons que son ouvrage fondateur, "L'Origine des espèces", qui documente la continuité entre les êtres vivants, a été publié en 1859, six ans après l'introduction des corridas en France.

 

 

Faut-il craindre que la formulation de la question (interdire "les spectacles qui ont comme objectif de mettre un animal à mort") donne lieu à des corridas sans mise à mort ? Les taurins psalmodient sans relâche que la mise à mort doit impérativement conclure le soi-disant affrontement entre l'homme et la bête. D'ailleurs, il y a tout simplement lieu de penser que le public équatorien bouderait des corridas sans "tercio de mort", comme il bouderait les corridas à la portugaise. Ainsi, la municipalité de Cuenca, troisième ville d'Équateur, avait déjà interdit la mise à mort publique des taureaux en 2004 : de ce fait les corridas y ont périclité.


Les résultats de ce vote prendront probablement effet dans les mois qui viennent, une fois que les éventuelles procédures contentieuses seront épuisées.

 

La capitale de l'Équateur, Quito, a une particularité : c'est la première ville à avoir été classée sur la liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO, le 18 septembre 1978.
Un mois plus tard, le 15 octobre 1978, c'est à la Maison de l'UNESCO, à Paris, que la Ligue Internationale des Droits de l'Animal proclamait la Déclaration Universelle des Droits de l'Animal.

Il y a des hasards, comme ça, qui résonnent avec une certaine actualité...

Fréd Mitt

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture

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Vendredi 22 avril 2011 5 22 /04 /Avr /2011 23:48

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Ce 22 avril, certains ont dû consulter leur calendrier pour voir s'ils n'étaient pas en avance de trois semaines.
Mais non, nous n'étions pas le 1er avril, nous étions bien le 22 avril.
Et, oui, la corrida a bien été inscrite par le ministère de la Culture et de la Communication au patrimoine culturel immatériel national. L'annonce en a été faite par le petit monde taurin, ravi de son coup, à l'occasion de la féria d'Arles.

On trouve donc sur le site du Ministère une fiche d'inventaire dédiée à la corrida... dans la rubrique "Pratiques sportives" (ça a dû être difficile à classer).
 
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Mise à jour le 28 avril : le lien  http://www.culture.gouv.fr/mpe/ethno_spci/pdf2/lheraud_corrida.pdf est à présent devenu invalide. Et la corrida ne figure plus dans la rubrique "Pratiques sportives" où elle était répertoriée :
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La rubrique "Pratiques festives" contenait déjà de son côté, depuis octobre 2010, quelques chevaux de Troie, ainsi les fiches :
- Hèstas e Hestaires, Fêtes et Festayres, avec leurs "courses de taureaux empruntées à la tradition espagnole", et la référence aux 4 arènes de 1ère catégorie du Sud-Ouest (Bayonne, Mont-de-Marsan, Dax, Vic-Fezensac).
- Fêtes de Bayonne, avec leurs "corridas" (une corrida à cheval est prévue cette année).
- Fêtes de Dax, avec leur "cycle de corridas" (neuf spectacles taurins espagnols sont prévus cette année).
 
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Mise à jour le 7 mai : le lien  http://www.culture.gouv.fr/mpe/ethno_spci/pdf2/Fetes_Dax.pdf est devenu invalide. Et les Fêtes de Dax, où la bagatelle de 54 taureaux vont être massacrés en août prochain, ne figurent plus dans la rubrique "Pratiques festives" où elles étaient répertoriées :
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La pétition de refus de l'inscription de la corrida au patrimoine immatériel, mise en place par le CRAC Europe et soutenue par Jacques Dary, était à cet égard une initiative pertinente (même si la liste des signataires demande à être un peu nettoyée).

 

La Fédération des Sociétés Taurines Françaises commente : "C'est un premier pas vers l'inscription au patrimoine de l'UNESCO".
Pour rappel, la notion de patrimoine culturel immatériel (PCI) vient compléter la notion classique de patrimoine culturel (lieux, monuments...), et a été consacrée par la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, adoptée par l'UNESCO en 2003.
La reconnaissance d'une pratique comme appartenant au PCI comprend deux échelons distincts :
- Un échelon national.
A ce niveau ce sont les Etats qui font leur petite cuisine, d'après des dossiers réalisés par des organes publics et/ou des associations (en France, réalisation de fiches d'inventaire sous l'égide du Ministère de la Culture). Nous pouvons être fiers : la France est à cette heure le seul des huit pays taurins de la planète a avoir obtenu cette étape pour la corrida... Même l'Espagne ou le Mexique n'ont pas osé.
- Un échelon international.
Il s'agit notamment de la fameuse liste représentative du PCI, qui a de par sa reconnaissance internationale une force symbolique et une force juridique particulières. Nous n'en sommes pas là.

On lit dans les dépêches que le ministère de la Culture a déclaré :
"la corrida a bien été recensée au patrimoine immatériel de la France par une commission ethnologique au sein du ministère de la Culture en janvier", au "même titre que la tarte tatin, le fest-noz, la tapisserie d'Aubusson, les parfumeurs de Grasse".
Certes. Mais la tarte tatin ne repose pas sur le sang, la souffrance et la mort ; le fest-noz ne provoque pas de polémiques depuis 160 ans ; la tapisserie d'Aubusson n'est pas sanctionnée par le code pénal sur les neuf-dixièmes du territoire ; et les parfumeurs de Grasse ne suscitent pas dans les enquêtes d'opinion l'opposition des trois-quarts des Français.

On lit que le ministère de la Culture s'est quand même cru obligé de souligner que cette inscription relevait simplement "l'existence factuelle d'une pratique et d'un développement alentour d'un certain nombre d'éléments de nature culturelle" et qu'elle n'impliquait "aucune forme de protection, de promotion particulière ou de cautionnement moral".
Certes. Mais prendrait-on pour la simple constatation d'une existence factuelle, sans cautionnement moral, l'inscription par un pays à son patrimoine immatériel des crimes d'honneur ou des mutilations génitales féminines, au motif qu'ils procèdent dans certaines régions d'une tradition locale ininterrompue admise par le droit coutumier ?
 
Là, les taurins répondent en choeur et la bouche en coeur : "Voyons, vous n'allez pas mettre sur le même plan l'être humain et l'animal !". Mais le problème ne se pose pas en ces termes. Il s'agit simplement de savoir si on inclut certains animaux, notamment les mammifères, dans le champ des considérations morales. C'est une question qui prend une place de plus en plus importante dans le débat public, en France comme ailleurs. Le ministère de la Culture ne trompe personne en balayant ces considérations morales d'un revers de main.
En prenant cette décision, le ministère de la Culture prend bel et bien position contre les défenseurs des animaux, et il le sait parfaitement. Il n'y a d'ailleurs, pour s'en convaincre, qu'à jeter un coup d'oeil sur les réactions à cette inscription sur les divers sites et blogs taurins.

Signalons qu'en janvier dernier, le département du ministère en charge du patrimoine immatériel a participé à l'organisation d'un colloque intitulé "Droit et patrimoine culturel immatériel", dont l'un des thèmes était "PCI et conflits de valeurs", avec deux interventions consacrées à "PCI et éthique". L'une de ces interventions s'intitulait tout simplement : "Les cultures taurines", et était présentée par Frédéric Saumade, ethnologue mentionné sur la fiche d'inventaire de la corrida, et qui avait déjà participé à la fiche d'inventaire sur la course camarguaise. Sans commentaires.

La définition du patrimoine culturel immatériel, telle que présentée par le premier paragraphe de l'article 2 de la Convention de 2003, fait explicitement référence aux "exigences du respect mutuel entre les communautés, les groupes et les individus". La corrida est l'enjeu d'oppositions éthiques extrêmement fortes entre des groupes de pensée, et ne saurait donc, au moins pour cette raison, satisfaire à cette définition.

Le lobby taurin n'a fait que son travail de lobby.
Mais le ministère de la Culture, en sortant de sa nécessaire neutralité sur une question symbolique aussi polémique, a quant à lui commis une lourde erreur.
Beaucoup de Français vont se dire que, décidément, certains fonctionnaires des ministères vivent dans des mondes à part.
Beaucoup de Français ne vont plus se reconnaître dans ce ministère de la Culture.
Et beaucoup de Français vont avoir honte de cette décision auprès des pays étrangers.
 
Notons que cette initiative d'une commission, dont la légitimité suscite pour le coup des interrogations, n'a rien d'irréversible.

Cependant, en définitive, cette décision ubuesque va aider la critique de la corrida à prendre toujours plus d'ampleur. Ce baroud d'honneur (baroud d'horreur serait plus juste) d'un mundillo qui épuise ses dernières cartouches, grâce à un petit clan bien introduit auprès des instances décisionnaires, ne fait qu'accompagner sa déconfiture croissante.
Par Vétérinaires Anti Corrida - Publié dans : Événements
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